Les Rendez-vous de PHILOPOP- émission du 9-03-2025
Mauvaise foi, mensonge, inconscient
Comment comprendre qu'on choisisse de ne pas vouloir savoir ce qu'on sait ?
Lecture du 2ème chapitre de la 1ère partie de l'Etre et le Néant de JP Sartre (1943) consacrée à la "mauvaise foi"
La mauvaise foi n'est pas le mensonge (ni la duplicité) par lequel on dissimule à autrui ce qu'on pense être la vérité, mais elle est mensonge à soi. A vrai dire, se mentir à soi-même, ce n'est pas mentir, c'est se faire croire ce qu'on sait être faux. La mauvaise foi est une "foi". Comment rendre compte de cette énigme ?
1- L'énigme de la mauvaise foi
a- L'homme de mauvaise foi ne simule ni ne dissimule (il saurait sinon qu'il simule ou dissimule); mais il croit à ce qu'il dit et il croit dire ce qu'il croit, alors même qu'il n'y croit pas vraiment. Comment expliquer une telle ambiguïté? Et comment peut-on se cacher la vérité si on sait ce que l'on doit se cacher ?
b- Pour comprendre une telle énigme, il ne faut pas en rester à une description psychologique, il faut analyser les conditions de possibilité de la mauvaise foi et s'interroger sur la conscience qui est à sa source.
c- Examen de la conscience dont l'activité constitue la réalité humaine et fait que l'homme ne peut jamais réduire son être à l'identité figée d'une chose. La structure paradoxale de la conscience : elle n'est pas un être qui demeure ce qu'il est mais un "être qui est ce qu'il n'est pas et n'est pas ce qu'il est".
2- Mauvaise foi et mensonge
a- Si le mensonge présuppose la dualité du trompeur et du trompé, comment le mensonge à soi est-il possible alors qu'il exclut cette dualité (c'est la même conscience qui trompe et est trompée)?
b- Une solution pour échapper à cette difficulté: réintroduire la dualité du trompeur et du trompé par l'hypothèse d'un inconscient psychique (Freud)
- L' hypothèse d'une censure qui empêche les représentations inconscientes de pénétrer dans la conscience ou qui ne les laisse passer qu'au prix d'un déguisement qui les rend méconnaissables (exemple des phobies; des lapsus, des actes manqués, des rêves, des symptômes névrotiques). L'inconscient intervient ainsi comme une cause séparée de la conscience qui produit en elle des manifestations qu'elle ne peut saisir, jouant le rôle du trompeur à l'encontre de la conscience trompée.
- Critique du caractère contradictoire de l'idée de censure : comment parler d'un mécanisme inconscient de censure qui, pour choisir les désirs qu'il refoule, doit se les représenter ? Abandon de l'hypothèse de l'inconscient qui présuppose une conception chosiste du psychisme
- La mauvaise foi comme méconnaissance qui procède de la conscience elle-même : elle est une conscience en porte à faux avec elle-même en se dissimulant ce qu'elle sait
3- L'examen des conduites de mauvaise foi permet de cerner ses conditions de possibilité
a- La mauvaise foi comme conduite défensive face à une situation difficile devant autrui, destinée à échapper à l'angoisse de sa liberté en déniant sa liberté et en se faisant croire qu'on a un être comme une chose
b- Les stratégies de mauvaise foi dans trois exemples de conduites de mauvaise foi :
- La jeune femme coquette confrontée au désir de l'homme avec lequel elle a un 1er rendez-vous
- L' homosexuel honteux de son homosexualité dans une société homophobe
- Le garçon de café exposé au regard des clients
c- La mauvaise foi est possible en raison même de la structure paradoxale de la conscience qui n'a pas l'identité d'un être, mais est un être "qui est ce qu'il n'est pas et n'est pas ce qu'il est".
Bibliographie :
L'Etre et le Néant, 1ère partie ("L'origine du néant"), chapitre 2 ("la mauvaise foi" pages 95 à 126), édition TEL/ Gallimard.